Sœur Thérèse fait partie de la Communauté Apostolique et Monastique. ......
Elle a vécu 25 ans dans une communauté monastique et quelques années en ermitage.
" Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu ; parlez au cœur de Jérusalem et criez lui que son temps de servitude est accompli, que sa faute est payée.." ( Isaïe 40,1-2). " Ils n’auront pas faim et ils n’auront pas soif, la chaleur et le soleil ne les frapperont pas ; car celui qui a compassion d’eux les conduira et les mènera à des sources d’eau ". Ces textes et tant d’autres dans l’Ecriture décrivent la " consolation " apportée par le Seigneur à son peuple durant sa route parsemée d’obstacles, d’épreuves, de peines et de soucis de toutes sortes. " Comme un homme que sa mère console, ainsi moi, je vous consolerai et vous serez consolés ". C’est avec la même tendresse maternelle que le Seigneur accompagne chacun de nos pas. Nulle route humaine n’est exempte de difficultés. Bien plus, celles-ci sont souvent reconnues comme source de croissance et d’évolution. Cependant, il arrive que les épreuves s’additionnent, s’accumulent, prennent de plus en plus de poids et finissent par épuiser, décourager, abattre, écraser.
Comment venir à bout des difficultés alors qu’humainement nous avons tout essayé, tout tenté pour nous en sortir et que nos efforts semblent vains, notre état incurable et notre voie sans issue ?
Comment triompher des difficultés de la vie si ce n’est en nous remettant à plus grand, plus éclairé et plus fort que nous ? Où trouverons-nous cette aide, si ce n’est dans la Promesse que Jésus a faite de ne pas nous laisser orphelins: " Je prierai le Père de vous envoyer un défenseur, une force, un secours…pour être avec vous toujours. " (Jean 14). " Jette tes soucis dans le Seigneur, Il prendra soin de toi "… Serait-ce un appel à la démission, à l’irresponsabilité ? une invitation à s’en remettre à une force magique ? Certainement pas. Dieu n’est pas un magicien et Il ne fera rien sans nous. Il ne nous veut pas " écrasés " sous la croix mais debout, marchant à Sa suite, en la portant. Pour aller de l’avant et rester droits, nous avons besoin de forces et de confiance. Alors que tant de fardeaux freinent ou entravent notre route, la confiance en Dieu, en l’action de son Esprit et en sa Parole nous procurera forces et consolations nécessaires pour tenir la route.
Que dire de la consolation du Saint Esprit ?
Certains seront d’accord pour dire qu’aujourd’hui, le mot consolation fait un peu " mièvre " comme il y a quelques années, le mot compassion; ce dernier est revenu sur beaucoup de lèvres grâce à l’approche du Dalaï Lama et de l’Orient, spécialement par l’influence des bouddhistes en France.
D’où vient ce malaise ? Peut-être parce que, trop longtemps, la religion fut présentée comme un lieu de refuge et de fuite. Elle annonçait le bonheur pour " après la mort ". Bonheur parfois proportionné à la somme de souffrances et de peines endurées. Qui ne se souvient de ces paroles de Marie à Bernadette : " Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse dans ce monde mais dans l’autre ". Cette phrase nous a été copieusement servie. Mais l’usage abusif d’une promesse pour " après la mort ", (souvent interprétée incomplètement) avait-il la couleur de l’évangile ?
Aurions-nous oublié cette parole de Jésus : " je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance " et encore, celles du vieillard Siméon : " maintenant mes yeux ont vu la consolation de Dieu pour son peuple " ? Jésus est venu, Il est là et avec Lui : la consolation.
Le Seigneur, ressuscité et glorifié, a envoyé le Saint Esprit, pour nous aider, nous assister, nous consoler ! Jean 14,16-17, 25-26 ; 15,26 ; 16,13 à 15 ; Rom. 8,26.
Pour connaître ce qu’est la consolation il me faut avoir plongé dans la tristesse, connu le chagrin, le deuil, la séparation, la déception, la désolation… Pour apporter à d’autres les consolations divines, il me faut y avoir goûté. C’est après avoir bu à la source que l’on peut rafraîchir les autres. ( Jean 7, 37-38) . Si je peux compatir à la détresse de l’autre, il est moins en mon pouvoir de la consoler. La consolation est une grâce : un don gratuit… ce qui signifie que je n’ai aucune prise sur cet acte de " consoler ", je ne peux en être qu’un intercesseur, un demandeur, un instrument, un médiateur, un canal…
" L’Esprit de Dieu est sur moi, il m’a envoyé porter la bonne nouvelle à ses pauvres, consoler les cœurs endeuillés ". Isaïe 61, 1-2. Sera-t-il en mon pouvoir de consoler celui qui est triste, malheureux, découragé etc. ? Oui, il se peut que le Saint Esprit se serve de ma parole pour consoler. Une force passe par elle et va opérer une transformation, redonner un dynamisme intérieur qui remet en marche. Pour être capable de consoler, il faut avoir été soi-même consolé (2 Cor.1, 4). Sinon, nous ne saurons pas parler de Dieu " comme il convient " (Job 42:7-8).
- Sur les encouragements d’une amie, Rachel vient me rencontrer. Elle aurait pu aussi bien aller trouver madame soleil. Je m’intéresse à sa vie….elle décrit son mal être (tentative de suicide et séjour en hôpital psychiatrique). Assez rapidement, elle parvient à nommer une peine qui écrase son cœur : la mort d’un bébé à la naissance… Lors des premières rencontres je n’obtiendrai aucun sourire, R. repartait défigurée par le rimmel qui fondait avec les larmes. Seules, celles-ci pouvaient dire sa douleur. Après plusieurs rencontres, elles se tarirent et d’autres confidences purent se dire. La consolation ne fit son effet que petit à petit. Le médecin lui avait donné des médicaments à fortes doses : " ce sera à vie, madame ! ". Au bout de trois mois, R. les diminua, au bout d’un an elle abandonna définitivement le traitement et avec son mari, elle retrouva le médecin pour faire le constat. A ce jour- plus de 10 ans que j’ai cessé d’accompagner R.- elle va bien et a su trouver l’harmonie entre sa vie familiale, professionnelle, ses activités artistiques et sa vie de foi qui a pris un bel élan durant ces années alors qu’à la 1ère rencontre elle m’avait dit ne plus rien vivre à ce niveau. Aujourd’hui, comme la samaritaine elle témoigne : " ce n’est plus sur tes dires que je crois, mais Il fait route avec moi " (Jean 4) L’Esprit Saint peut aussi passer par un geste, un simple geste mais tout le poids du geste. Un sourire, un regard, un vrai regard. Une main posée sur l’épaule. Une écoute, celle qui vous accueille en profondeur dans tout ce que vous êtes, avec votre poids de peines, vos larmes…Là, vous pouvez poser, déposer le fardeau. Mystérieusement s’opère dans cette rencontre une sorte d’échange, de transfusion. Vous laissez couler vos larmes et, cet autre qui les recueille, vous transfuse de la vie, un désir de vivre. Le fardeau déposé, remis, laisse la place pour accueillir la vie. Celui qui est là et qui écoute sans porter de jugement, c’est le cœur à cœur d’une présence, la chaleur d’un vis-à-vis qui recueille la souffrance à la manière du Père qui, en silence, entend la plainte du Fils sur la Croix : " Pourquoi m’as-tu abandonné ?"
- J’ai connu Gaëlle… lors d’une session à laquelle elle avait consenti à s’inscrire. Je l’ai vu arriver avec un masque de tristesse. Au cours de la journée, suite à un enseignement, je suis amenée à parler du sacerdoce des baptisés, de l’invocation du Nom de Jésus, de l’imposition des mains et pour clôturer la causerie je réponds à l’appel né en moi à proposer de passer derrière chaque personne du groupe et de leur poser les mains sur les épaules…laissant chacun libres de se retirer. J’arrive à G. et en posant mes mains sur ses épaules, je prie le Saint Esprit de lui ôter son fardeau. G. dira avoir ressenti en elle comme une chaleur qui venait traverser tout son corps, les larmes coulaient doucement. Après des mois, G. continue à rendre grâce pour ce moment important où la vie et le désir de vivre en plénitude sont renés dans son cœur. Elle a entrepris un véritable itinéraire spirituel qui lui fait trouver en elle la force pour continuer ce chemin " de travail sur elle-même ", qui est sa collaboration à la grâce… Parfois la consolation passera par des événements imprévus. Je suis dans une situation écrasante, oppressante, sans issue, qui me plonge dans une profonde tristesse et en grande détresse. Et voici que soudainement, imprévisiblement, un évènement survient. Tout bascule : le chemin fermé s’entrouvre, une espérance pointe.
- Est-ce l’action de l’Esprit Saint ? Comment et pourquoi en douterais-je s’Il fait partie de ma vie, si je L’ai choisi comme Compagnon et Partenaire de ma route ? il n’y a de signes que pour ceux qui ont la foi et pour ceux à qui le signe est adressé.
- La Consolation ne touchera le cœur que s’il y a dédommagement de peines, une rémission, la certitude d’une promesse qui restitue ou du moins qui vient remplacer, compenser, réparer, indemniser. " En attendant que notre espérance devienne une réalité, Dieu a voulu nous donner deux choses : la promesse et le serment. Il les accomplira car Il est impossible que Dieu mente. En nous appuyant sur elles nous avons une ferme consolation " (Héb. 6,11 à 20).
Sans doute les consolations humaines ne parviendront pas toujours à guérir le cœur déchiré, mais Dieu a en réserve des consolations, comme pour Jacob. ( Genèse 45,28 ; 46,4 à 29). Quelle consolation, lorsqu’il put dire, en dépit de toute espérance " Joseph mon fils vit encore ; j’irai et je le verrai avant que je meure " et lorsque Joseph " se jeta à son cou et pleura longtemps" ! Jacob ne désire plus rien, son âme est consolée, il peut mourir en paix ! " Que je meure à présent, après que j’ai vu ton visage, puisque tu vis encore " ( Genèse 46,30) . Tout est chamboulé… Cette consolation peut surgir après des jours et des jours de supplications…C’est une Parole de Dieu qui, d’un coup, après avoir été tant de fois entendue, descend dans mon cœur, prend corps, se revêt de chair…devient vivante… me pénètre et me remplit de chaleur, ou de douceur. Elle est alors comme un baume qui adoucit tout autant qu’il fortifie... Je savoure cette Parole comme si je l’entendais pour la première fois. Elle a le goût de la paix, de l’espérance. Ma nuit s’illumine, les nuages de tristesse fondent. Mon cœur éprouve du " soulagement ", de l’allègement.
Oui le Saint Esprit peut agir directement, secrètement et durablement dans le cœur de l’homme.
Que se passe-t-il alors ? Celui là seul qui l’a expérimenté peut en parler : il était triste et il a retrouvé la joie, la sérénité. Comment cela est-il survenu ? dans quel contexte ? Ce peut effectivement surgir n’importe où. Au moment d’une inspiration, d’une illumination, par une parole porteuse d’espérance qui remonte à la surface de ma mémoire …
Qui demanderait des comptes à Celui dont le Nom est " Créateur, Sauveur, Libérateur et Consolateur " ?
Comment reconnaître qu’une consolation vient de l’Esprit ou n’est juste qu’un phénomène, une réaction psychologique ? Difficile de savoir si c’est l’Esprit qui intervient mais difficile de le nier…C’est tout l’art du discernement. Nous connaissons ces " états, ces passages " que St. Ignace appelle " désolation et consolation ", qui peuvent être tous deux fruits de l’action de l’Esprit…Pour ce qui concerne notre réflexion nous ne voyons pas ce qu’apporterait de plus cette distinction ? Le triomphe de la vie et de l’Espérance sur la mort, la tristesse et la désolation ne devrait-il pas, tout simplement, nous jeter dans l’action de grâces ? Celui qui est passé de la tristesse à la joie, du désespoir à l’Espérance, des larmes aux rires…celui là ne s’enlisera pas dans les méandres d’une analyse desséchante car lui, sait qu’il allait son chemin " en pleurant, et qu’il revient dans la joie. "( Ps. 126,6)
Que dire de ceux qui refusent la consolation ? certains en effet sont si découragés et abattus qu’ils refusent d’être consolés ? " Au jour de ma détresse, j’ai cherché le Seigneur ; les mains tendues durant la nuit ne se lassaient point ; mon âme refuse d’être consolée ". ( Ps.77, 2). Ce Psaume décrit la détresse et des sentiments qui pourraient être nôtres. Il dépeint les réactions de celui qui refuse la consolation, trop occupé qu’il est de sa douleur; il n’a pas oublié Dieu, mais considérant les circonstances dans lesquelles il se trouve et desquelles Dieu semble ne pas le délivrer, le doute s’infiltre dans le cœur. Il n’a pas ou n’a plus le sentiment d’être aimé de Dieu. Son état est tel qu’il semble dire " n’essayez pas de m’apporter un baume consolateur, il n’y en a pas pour une détresse comme la mienne ; mon deuil et ma douleur ne prendront jamais fin. " ( Genèse 37, 31 à 35) . Ce doute et cette plainte, dès lors qu’ils sont nommés, posés à la Face de Dieu, demeurent de l’ordre de la prière…une brèche reste ouverte…C’est suffisant pour la grâce !
Nous le croyons, nous le savons, nous l’expérimentons : nous pouvons trouver force, courage et consolation dans le Saint Esprit. Mais il est bon de se souvenir " qu’inconsolables ", nous pouvons l’être un certain temps et un temps certain - il y a des tristesses que le Saint Esprit lui-même n’éponge que lentement - mais si le chagrin en venait à s’enraciner durablement, le Saint Esprit de lumière qui veut nous conduire vers la vérité toute entière…aurait sans doute la bonne idée d’inspirer une personne de notre environnement de nous encourager à nous adresser à une personne instruite dans la science des remèdes psychologiques et psychiques. Le Saint Esprit nous conduit sur des chemins d’humilité qui sont les seuls accès vers la vérité. Il ne nous épargnera pas le laborieux travail sur nous-mêmes, (si possible avec une aide extérieure), qui peut s’appeler l’ascèse.
C’est par un souhait que nous terminons, demandant à Dieu de nous bénir afin que nous puissions goûter dans une plus grande mesure aux consolations qu’Il se plaît à nous prodiguer et, chanter inlassablement " le Seigneur est mon Berger, je ne manque de rien, passerais-je un ravin de ténèbres je ne crains aucun mal…car il est avec moi " ( Ps. 23).